Sahar et Nila : deux heures persanes pour prendre soin de sa peau

Les soins Nila posés au bord d'un bassin de marbre, à la nuit tombée.

Que veut dire sahar en persan ?

Sahar (سَحَر) désigne la fin de la nuit, le moment qui précède le matin : non pas le lever du soleil, mais l'heure d'avant.

Le grand dictionnaire de Dehkhoda, référence de la langue persane, définit le mot ainsi : « le dernier temps de la nuit et le moment qui précède le matin ». Il précise que certains commentateurs le situent quand il ne reste plus qu'un sixième de la nuit, et cite un second sens, « la blancheur qui paraît au-dessus du noir » (Dehkhoda, entrée سحر). Le mot vient de l'arabe ; Dehkhoda en donne des exemples dès Ferdowsi, puis chez Saadi et Hafez.

Un piège attend le lecteur français : la même graphie, سحر, se lit aussi sehr, l'enchantement, la sorcellerie. Le dictionnaire persan-anglais de Steingass range les deux mots sous la même entrée, distingués par la seule voyelle (Steingass, p. 659). Les poètes en ont joué. Nezami écrit, dans un vers que cite Dehkhoda, qu'il a « cousu le voile du sehr de sahar », l'enchantement de l'aube. Quand nous écrivons Sahar sur un flacon, c'est l'heure que nous nommons.

Quelques mots de la même famille, tous relevés par Steingass :

Persan Lecture Sens
سحر sahar la fin de la nuit, l'avant-aube
سحرگاه sahargâh le moment de l'aube
سحرخیز sahar-khiz celui qui se lève avant l'aube
سحری sahari du matin ; le repas pris avant l'aube pendant le ramadan
سِحر sehr l'enchantement (même graphie, autre mot)

Pourquoi l'aube compte-t-elle autant dans la poésie persane ?

Parce que sahar est, chez les poètes, l'heure où l'on veille, où l'on prie et où l'on attend une réponse.

Hafez, né à Chiraz vers 1315 et mort vers 1390 (Encyclopædia Iranica), revient sans cesse à cette heure. Dans l'édition de Qazvini et Ghani, celle que reprend la bibliothèque en ligne Ganjoor, plusieurs ghazals s'ouvrent ou se referment sur elle. Les traductions ci-dessous sont celles de la rédaction, au plus près du texte ; la seule traduction française intégrale du Divân est celle de Charles-Henri de Fouchécour, parue chez Verdier en 2006 (Encyclopædia Iranica).

دوش وقت سحر از غصه نجاتم دادند / واندر آن ظلمت شب آب حیاتم دادند

Dush vaqt-e sahar az ghosse nejâtam dâdand, v-andar ân zolmat-e shab âb-e hayâtam dâdand.

Cette nuit, à l'heure de sahar, on m'a délivré du chagrin ; et dans cette obscurité, on m'a donné l'eau de la vie. (ghazal 183)

هر گنج سعادت که خدا داد به حافظ / از یمن دعای شب و ورد سحری بود

Har ganj-e sa'âdat ke khodâ dâd be Hâfez, az yomn-e do'â-ye shab o verd-e sahari bud.

Chaque trésor de bonheur que Dieu donna à Hafez est venu de la prière du soir et de la litanie de l'aube. (ghazal 216)

Ailleurs, Hafez se dit lui-même sahar-khiz, « celui qui se lève avant l'aube » (ghazal 6), et interpelle la brise : « Ô brise de sahar, où repose l'ami ? » (ghazal 19).

La rose, autre figure de l'aube chez Hafez, a son propre article : Eau de rose de Damas : histoire persane et usage en soin.

Une précision, parce qu'on lit souvent que Hafez chante le « vent de l'aube », bâd-e sahar. Dans le Divân établi par Qazvini et Ghani, le vent du matin s'appelle le plus souvent nasim-e sahar, « la brise du matin » selon Steingass, ou bâd-e sabâ, le vent d'est, que Hafez appelle aussi le courrier qui apporte les nouvelles (ghazal 147). Sur Ganjoor, l'expression exacte bâd-e sahar n'apparaît qu'une fois, dans un poème que les éditeurs classent parmi ceux qui lui sont seulement attribués. L'image est juste ; le mot exact est nasim.

Que signifie Nila, et pourquoi l'indigo ?

Nila (نیلا) est formé sur nil, l'indigo : la plante, la teinture et le bleu profond qu'elle donne.

Dehkhoda décrit le nil comme une plante dont on tire une teinture, et note que le mot vient du sanskrit (Dehkhoda, entrée نیل). Il cite le Hudud al-'Alam, géographie persane du Xᵉ siècle, selon laquelle la région de Kerman produisait cumin, dattes, canne à sucre et indigo. Steingass traduit nil par « la plante à indigo ; une couleur bleue, l'indigo » et donne nil-andud, « azur, bleu céleste » ; il traduit aussi l'expression nil-e falak, « le nil du ciel », par « la noirceur du ciel » (Steingass, p. 1444). Le même mot couvre donc le bleu du jour et l'obscurité de la nuit : c'est exactement ce qu'est l'indigo. Le dictionnaire de Moein relève une image de la langue poétique, châdor-e nilâb-karde, le voile teint à l'indigo, pour dire le ciel.

Nila est aussi un prénom. Le dictionnaire des prénoms consulté par Vajehyab le décompose en nil et un suffixe de relation : « ce qui se rapporte au nil » (Vajehyab, نیلا). Il ne faut pas le confondre avec le Nil, le fleuve, qui s'écrit de la même façon en persan et vient de l'arabe.

Disons-le clairement : Nila n'est pas un mot d'heure en persan, c'est une couleur. Sahar est une heure ; Nila est la couleur du ciel quand la nuit est installée. C'est nous qui avons fait de cette couleur le nom du rendez-vous de 22:00.

Que veut dire Camran (kâmrân) ?

Kâmrân (کامران) veut dire « celui qui réussit ce qu'il entreprend », « celui dont le vœu s'accomplit ».

Le mot repose sur kâm, que Steingass traduit par « désir, souhait ; dessein, intention » et rapproche du sanskrit kâma (Steingass, p. 1009). Il définit kâmrân comme « qui réussit en toute entreprise, fortuné, heureux, béni », et note aussi un sens plus charnel, « voluptueux ». Les dictionnaires persans donnent les deux sens, « qui jouit de la vie » et « qui a de la chance », avec pour synonymes kâmravâ et kâmyâb, et pour contraire nâkâm, celui dont le vœu reste vain (Vajehyab, کامران). Ferdowsi l'emploie déjà au sens de « victorieux, comblé ».

Dans la seconde moitié, -rân, on peut reconnaître le radical du verbe rândan, « conduire, pousser en avant ». Steingass relève justement la locution kâm rândan : « satisfaire son désir » (Steingass, p. 565). Lire kâmrân comme « celui qui conduit son désir jusqu'à son terme » est donc une lecture fidèle aux mots, même si les dictionnaires, eux, s'en tiennent au sens d'ensemble : le comblé.

Qu'est-ce qui relie l'aube et le vœu ?

Un conseil persan ancien, qui tient en une ligne : « Lève-toi avant l'aube, et ton vœu s'accomplira. »

Dehkhoda, à l'entrée kâmravâ, cite le Marzbân-nâmeh, recueil de fables morales en prose dont la version persane de Varâvini date du début du XIIIᵉ siècle (Wikipédia). On y lit que le sage Bozorgmehr se rendait chaque matin auprès du roi Khosrow et lui disait :

سحرخیز باش تا کامروا باشی

Sahar-khiz bâsh tâ kâmravâ bâshi.

Sois de ceux qui se lèvent avant l'aube, et tu seras de ceux dont le vœu s'accomplit. (Dehkhoda, entrée کامروا)

Tout le nom de la marque est dans cette phrase : sahar, l'heure, et kâm, le vœu. Le vers de Hafez cité plus haut dit la même chose avec deux rendez-vous : la prière du soir et la litanie de l'aube. Le vœu n'y tombe pas du ciel ; il arrive au bout d'une habitude tenue soir et matin.

La science de la peau ne dit pas autre chose, en moins poétique. Dans un essai mené en Australie sur 903 adultes pendant 4,5 ans, ceux qui appliquaient un écran solaire chaque matin ont vieilli 24 % moins que ceux qui en mettaient quand ils y pensaient, avec le même produit (Hughes et coll., 2013). Ce qui comptait, c'était le geste quotidien. Un soin appliqué une fois par semaine avec ferveur fait moins qu'un soin ordinaire appliqué tous les jours.

Le geste Camran

Nous avons donné à ces mots deux heures fixes. Sahar, à 07:00 : le Gel Nettoyant Éclat, le Sérum Sahar à l'acide hyaluronique, la Crème Sahar, puis l'Écran Sahar SPF30. Au sens strict, 07:00 n'est pas toujours sahar, qui précède l'aube ; nous gardons l'idée plus que l'horaire. Nila, à 22:00 : le même gel, le Sérum Nila, puis la Crème Nila, qui laisse la peau plus souple au réveil. Appliqué sur la peau, le collagène ne remplace pas celui du derme ; il agit en surface, et nous préférons le dire. Les deux rituels existent en coffret, le Coffret Sahar et le Coffret Nila. L'ordre détaillé des gestes est dans Routine visage matin et soir, et ce que fait la peau entre 22:00 et 07:00 dans Que fait la peau pendant la nuit ?

Questions fréquentes

Comment prononce-t-on sahar ?

« Sa-har », avec deux a brefs et un h soufflé. Dehkhoda note les deux voyelles, sa et ha. Avec un i bref après le s, sehr, le mot change de sens et désigne l'enchantement.

Sahar veut-il dire aube ou magie ?

Les deux mots s'écrivent سحر mais ne se prononcent pas de la même façon. Sahar est la fin de la nuit, l'avant-aube ; sehr est l'enchantement. Seules la voyelle et le contexte permettent de les distinguer.

Nila est-il un mot persan ancien ?

Nil, l'indigo, est ancien : on le trouve dans des textes persans du Xᵉ siècle. Nila, formé sur lui, est un prénom. Ce n'est pas un nom d'heure ; c'est nous qui l'avons associé au soir.

Camran est-il un prénom ?

Oui, Kâmrân est un prénom masculin persan. Dehkhoda cite plusieurs personnages historiques de ce nom, dont Kâmrân Mirzâ, fils de Babur, au XVIᵉ siècle. Le sens du prénom, « celui dont le vœu s'accomplit », est ce qui nous a fait le choisir.

Où lire Hafez en français ?

La traduction intégrale de Charles-Henri de Fouchécour (Verdier, 2006) accompagne chaque ghazal d'un commentaire. Pour une première lecture, des choix de poèmes traduits en vers existent aussi, notamment par Gilbert Lazard et Vincent-Mansour Monteil, cités par l'Encyclopædia Iranica.

Sources

  1. Dehkhoda, Loghat-nâmeh, entrée سحر (sahar), via Vajehyab
  2. F. Steingass, A Comprehensive Persian-English Dictionary, 1892, p. 659, entrée سحر (Digital Dictionaries of South Asia, université de Chicago)
  3. Encyclopædia Iranica, « Hafez ii. Hafez's life and times »
  4. Encyclopædia Iranica, « Hafez xv. Translations of Hafez in French »
  5. Hafez, ghazal 183, éd. Qazvini et Ghani, Ganjoor
  6. Hafez, ghazal 216, éd. Qazvini et Ghani, Ganjoor
  7. Hafez, ghazal 6, éd. Qazvini et Ghani, Ganjoor
  8. Hafez, ghazal 19, éd. Qazvini et Ghani, Ganjoor
  9. Hafez, ghazal 147, éd. Qazvini et Ghani, Ganjoor
  10. F. Steingass, A Comprehensive Persian-English Dictionary, p. 1402, entrée نسيم (nasim)
  11. Dehkhoda, Loghat-nâmeh, entrée نیل (nil), via Vajehyab
  12. F. Steingass, A Comprehensive Persian-English Dictionary, p. 1444, entrée نيل
  13. Vajehyab, نیلا (dictionnaire des prénoms et dictionnaire de Moein)
  14. F. Steingass, A Comprehensive Persian-English Dictionary, p. 1009, entrées کام et کامران
  15. F. Steingass, A Comprehensive Persian-English Dictionary, p. 565, entrée راندن
  16. Vajehyab, کامران (Dehkhoda, Moein, dictionnaire des prénoms)
  17. Dehkhoda, Loghat-nâmeh, entrée کامروا (kâmravâ), citant le Marzbân-nâmeh
  18. Wikipédia (en), « Marzban-nama »
  19. Hughes MC et coll., « Sunscreen and prevention of skin aging: a randomized trial », Annals of Internal Medicine, 2013

Rédaction Camran. Publié le 20 octobre 2026. Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un dermatologue.