SPF visage : faut-il en mettre tous les jours, même en hiver ?

Une femme en robe blanche applique l'Écran Sahar SPF30 sur sa pommette, en plein soleil sur une terrasse.

UVA, UVB : que reçoit vraiment votre visage ?

Votre visage reçoit surtout des UVA, toute l'année, y compris par temps couvert et derrière une vitre.

À la surface de la Terre, le rayonnement ultraviolet est composé à 95 à 99 % d'UVA et à 1 à 5 % d'UVB, selon la latitude, la saison, l'heure et les nuages. L'Institut national du cancer le résume ainsi : le rayonnement UVA, « contrairement au rayonnement UVB, n'est pas arrêté par temps nuageux, ni par les vitres » (INCa, fiche repères UV, 2021). L'American Academy of Dermatology rappelle de son côté que jusqu'à 80 % des UV traversent les nuages (AAD).

UVB UVA
Longueur d'onde 290 à 320 nm 320 à 400 nm
Part du rayonnement UV au sol 1 à 5 % 95 à 99 %
Effet le plus visible Coup de soleil Taches, peau amincie, rides, des années plus tard
Nuages En partie filtrés Peu arrêtés
Vitre ordinaire Arrêtés Traversent
Ce que mesure l'indice SPF Oui, surtout Non, il faut le logo UVA

Sources du tableau : bornes de longueur d'onde de la recommandation européenne 2006/647/CE, proportions et effets de l'INCa, vitres d'après la revue de Tuchinda et coll. (JAAD, 2006), qui rappelle que le verre à vitre filtre les UVB et laisse passer les UVA.

L'exemple le plus parlant a été publié dans le New England Journal of Medicine en 2012 : un chauffeur-livreur dont seul le côté gauche du visage, celui de la vitre, montrait un vieillissement marqué après des décennies de conduite (Gordon et Brieva, 2012). Tous les verres ne se valent pas : selon la même revue de Tuchinda, le type de verre, sa teinte, un film intercalaire ou un traitement de surface changent beaucoup la part d'UVA qui passe.

Pourquoi le visage vieillit-il d'abord à cause du soleil ?

Parce que les UVA dégradent le collagène et que leurs effets s'additionnent jour après jour, sans brûlure pour prévenir.

Les UVA, « en dégradant le collagène et en induisant la production de radicaux libres », provoquent un vieillissement prématuré : taches, peau amincie, rides qui apparaissent 10 à 20 ans après les expositions (INCa). Une étude menée sur 298 femmes de 30 à 78 ans attribue aux UV environ 80 % des signes visibles du vieillissement du visage (Flament et coll., 2013). Ce chiffre est souvent repris ; il vient d'une étude financée par un groupe cosmétique, sur des peaux claires uniquement. Il donne un ordre de grandeur, pas une loi.

La preuve la plus solide vient d'un essai randomisé mené à Nambour, en Australie. 903 adultes de moins de 55 ans ont été répartis entre une application quotidienne d'écran solaire et un usage « à discrétion ». Après 4,5 ans, le groupe quotidien ne montrait aucune aggravation détectable du vieillissement cutané, et le vieillissement était 24 % moindre que dans le groupe qui en mettait quand il y pensait (Hughes et coll., Annals of Internal Medicine, 2013). Le même essai a compté 39 % de carcinomes épidermoïdes en moins (en nombre de tumeurs) chez les utilisateurs quotidiens (Green et coll., The Lancet, 1999) et, dix ans après la fin de l'essai, deux fois moins de mélanomes, un résultat à la limite de la significativité statistique (Green et coll., 2011).

Le mot qui compte dans cet essai est « quotidien ». Les deux groupes avaient le même écran solaire à disposition. Ce qui les distinguait, c'était la régularité.

Faut-il vraiment mettre un SPF en hiver ?

Oui pour le visage, mais pour une raison différente de l'été : en hiver, on ne protège plus d'un coup de soleil, on limite l'accumulation des UVA.

Soyons précis, parce que les autorités de santé ne disent pas exactement « tous les jours ». L'OMS et l'INCa recommandent des mesures de protection à partir d'un indice UV de 3 ; entre 1 et 2, l'INCa indique « pas de protection requise » (OMS, indice UV ; INCa, tableau 3). Ces seuils visent les risques aigus et le cancer. Or l'indice UV est, pour un même lieu, plus élevé en été qu'en hiver, selon l'INCa ; en plaine, une journée d'hiver se situe donc souvent sous ce seuil.

Le raisonnement pour le visage est autre. Il est la partie du corps la plus exposée, tous les jours, à la fenêtre comme dehors ; les UVA qui le vieillissent passent les nuages et le verre ; et l'essai de Nambour a mesuré un bénéfice avec un geste quotidien, pas saisonnier. D'où notre avis net : l'écran solaire fait partie du rituel du matin, été comme hiver. Ce qui change avec la saison, c'est la quantité de précautions autour.

Votre journée Ce qu'il faut faire
Hiver en ville, trajets courts, bureau Un écran SPF 30 le matin, en quantité suffisante. Pas de renouvellement nécessaire si vous restez à l'intérieur.
Bureau ou voiture près d'une vitre Même geste : les UVA traversent le verre ordinaire.
Montagne, neige, ski Les UV sont plus intenses en altitude et la neige les réfléchit (INCa). SPF 50+, renouvelé toutes les deux heures, lunettes et ombre.
Été dehors, indice UV de 3 à 7 SPF 30 au minimum, renouvelé toutes les deux heures et après la baignade, en plus de l'ombre et des vêtements (Haut Conseil de la santé publique, via Santé.fr).
Indice UV de 8 et plus SPF 50+ « vivement conseillé » par le Haut Conseil de la santé publique ; éviter le soleil entre 12 h et 16 h.

Une enquête Appinio menée en France à l'été 2024 montre l'écart entre savoir et faire : 62 % des Français utilisent une protection solaire en vacances ou en été seulement, 28 % toute l'année, et 9 % quel que soit le temps (Cosmetic Obs, 2025).

Quelle quantité d'écran solaire mettre sur le visage ?

Environ 1 à 1,6 g pour le visage, soit un sixième à un quart de cuillère à café : c'est la quantité qui donne l'indice écrit sur le tube.

L'indice SPF est mesuré en laboratoire avec une couche de 2 mg par centimètre carré de peau. La Commission européenne traduit cette dose pour le corps entier : environ 36 g, soit six cuillères à café pour un adulte moyen (recommandation 2006/647/CE). Pour le visage, une équipe indienne a mesuré une surface moyenne de 531 cm² chez les femmes et de 794 cm² chez les hommes, d'où une dose d'environ 1 ml et 1,6 ml (Srinivas et coll., 2006). Avec l'équivalence européenne (6 g par cuillère à café), cela fait entre un sixième et un quart de cuillère à café.

C'est plus que ce que l'on met. En conditions réelles, les gens appliquent 0,39 à 1 mg/cm², soit un cinquième à la moitié de la dose testée (Petersen et Wulf, 2014). La perte n'est pas proportionnelle : selon la Commission, diviser la quantité par deux peut faire chuter la protection des deux tiers. Une étude danoise a observé qu'à 1 mg/cm², l'indice tombe à peu près à sa racine carrée (Faurschou et Wulf, 2007) : un SPF 30 étalé en couche fine protège alors comme un SPF 5 ou 6.

Comment s'en approcher sans balance :

  1. Appliquez l'écran en deux couches fines plutôt qu'une épaisse. Une étude japonaise a montré qu'une double application fait passer la quantité moyenne d'environ 1 à près de 2 mg/cm² (Teramura et coll., 2012).
  2. Couvrez les zones oubliées : paupières, coin interne de l'œil, ailes du nez, oreilles, cou. Des photographies sous UV montrent qu'on oublie typiquement 14 % de la zone des paupières, contre 7 % du reste du visage (valeurs médianes) (Pratt et coll., 2017).
  3. Laissez l'écran se poser avant le maquillage, pour ne pas l'emporter avec le pinceau ou l'éponge.

Faut-il renouveler son écran dans la journée ?

Oui dès que vous êtes dehors au soleil : toutes les deux heures environ, et après la transpiration ou la baignade. Pour une journée d'intérieur en hiver, l'application du matin suffit.

La règle des deux heures est celle du Haut Conseil de la santé publique (via Santé.fr) et de l'American Academy of Dermatology. Elle vise l'exposition en plein air, où l'écran s'use : frottements, sueur, eau. Aucune étude ne fixe de rythme pour une journée passée au bureau, et nous ne vous en inventerons pas. Petersen et Wulf proposent une consigne simple pour les sorties : appliquer avant l'exposition, puis une seconde fois dans la première heure, ce qui compense en partie la couche trop fine du premier passage.

Un écran solaire ne sert pas à rester plus longtemps au soleil. L'OMS le dit sans détour : l'ombre et les vêtements protègent mieux, et l'écran couvre ce qu'ils ne couvrent pas (OMS, 2022).

Le SPF du maquillage ou de la crème de jour suffit-il ?

Rarement seul, parce qu'on ne l'applique ni en quantité ni partout comme un écran.

Le SPF d'un fond de teint ou d'une crème de jour est mesuré, comme pour un écran, à 2 mg/cm². Pour l'obtenir, il faudrait donc en mettre 1 à 1,6 g sur le visage, ce qui donne une couche bien plus épaisse que celle d'un maquillage courant. Une étude de l'université de Liverpool a photographié sous UV 84 personnes appliquant tour à tour un écran SPF 30 et une crème hydratante SPF 30 : avec la crème, elles oubliaient 16,6 % du visage, contre 11,1 % avec l'écran, surtout autour des yeux, et ne s'en rendaient pas compte (Lourenco et coll., 2019).

Le SPF du maquillage s'ajoute utilement à un écran ; il ne le remplace pas. Une exception mérite d'être connue : les écrans teintés aux oxydes de fer protègent aussi d'une partie de la lumière visible, ce qui compte pour les peaux sujettes aux taches pigmentaires (Lyons et coll., 2021). Si vous avez un mélasma, parlez-en à un dermatologue : c'est une affection qui se suit, pas seulement un sujet de cosmétique.

Comment lire l'étiquette : SPF, « 50+ », logo UVA ?

Regardez trois choses : l'indice, la catégorie écrite en toutes lettres, et le petit logo « UVA » dans un cercle.

En Europe, l'étiquetage des écrans suit la recommandation de la Commission du 22 septembre 2006. C'est une recommandation, pas un règlement, mais elle sert de référence aux autorités et aux fabricants. Elle fixe huit indices et quatre catégories :

Catégorie sur l'étiquette Indice affiché SPF mesuré
Faible protection 6, 10 6 à 14,9
Protection moyenne 15, 20, 25 15 à 29,9
Haute protection 30, 50 30 à 59,9
Très haute protection 50+ 60 et plus

Trois règles en découlent. Un « 50+ » a mesuré au moins 60 ; en Europe, aucun écran n'affiche « SPF 100 ». La protection UVA doit atteindre au moins le tiers de l'indice SPF, avec une longueur d'onde critique d'au moins 370 nm ; l'industrie signale ce critère par le logo « UVA » entouré d'un cercle (Colipa, recommandation n° 23, 2009). Enfin, les mentions « écran total » ou « protection totale » sont exclues, parce qu'aucun produit n'arrête 100 % des UV.

Le choix entre 30 et 50 dépend de votre journée et de votre peau : nous le détaillons dans SPF 30 ou SPF 50 pour le visage : lequel choisir ?

Le geste Camran

Dans le rituel Sahar, l'écran est le dernier geste de 07:00. Après le Gel Nettoyant Éclat, le Sérum puis la Crème Sahar, l'Écran Sahar SPF30 se pose en deux couches fines, paupières et cou compris, puis se renouvelle dans la journée si vous sortez. Pour une journée de ski ou de plage, prenez un 50+ : un SPF 30 est pensé pour la vie de tous les jours. L'ordre complet des gestes est dans notre guide Routine visage matin et soir, et la place de l'écran par rapport au maquillage dans Dans quel ordre appliquer ses soins du visage ?

Questions fréquentes

Faut-il mettre de la crème solaire si l'on reste à l'intérieur ?

Si vous passez la journée près d'une fenêtre, oui : le verre ordinaire laisse passer les UVA. Si vous travaillez loin des vitres et sortez peu, le bénéfice est faible, mais le geste du matin ne coûte rien et vous couvre pour les trajets. Un renouvellement n'est pas utile tant que vous restez dedans.

Mettre de la crème solaire tous les jours est-il dangereux ?

Les données ne le montrent pas. Dans l'essai de Nambour, où des adultes ont appliqué un écran chaque jour pendant 4,5 ans, les auteurs n'ont relevé aucun effet nocif de cet usage quotidien (Green et coll., 1999). Si un écran vous irrite, changez de formule plutôt que de renoncer au geste, et consultez si la gêne persiste.

Le SPF quotidien empêche-t-il de fabriquer de la vitamine D ?

Selon l'INCa, exposer le visage et les avant-bras 5 à 10 minutes par jour d'avril à septembre suffit à une peau claire pour produire de la vitamine D ; il faut 15 à 30 minutes à une peau foncée ou noire. En cas de doute sur votre taux, c'est une prise de sang qui tranche, pas l'abandon de l'écran.

Un écran solaire ouvert l'été dernier est-il encore efficace ?

Les produits solaires ont une date au-delà de laquelle leur efficacité diminue (Santé.fr). Regardez le pictogramme du pot ouvert, qui indique le nombre de mois d'utilisation après ouverture. Un tube resté au soleil ou à la chaleur se remplace plus tôt.

Peut-on se contenter d'un SPF 15 en hiver ?

Un SPF 15 filtre environ 93 % des UVB quand il est appliqué à 2 mg/cm². Comme on en met presque toujours moins que la dose du test, un SPF 30 garde une marge de sécurité que le 15 n'a pas.

Sources

  1. Institut national du cancer, « Rayonnements ultraviolets et risques de cancer », fiche repères, 2021
  2. Recommandation 2006/647/CE de la Commission du 22 septembre 2006 relative aux produits de protection solaire
  3. OMS, « Radiation: the ultraviolet (UV) index », questions-réponses
  4. OMS, « Ultraviolet radiation », aide-mémoire, 21 juin 2022
  5. Santé.fr (RecoSanté), « Comment choisir et utiliser un produit de protection solaire ? », 2025
  6. American Academy of Dermatology, « Sunscreen FAQs »
  7. Hughes MC et coll., « Sunscreen and prevention of skin aging: a randomized trial », Annals of Internal Medicine, 2013
  8. Green A et coll., « Daily sunscreen application and betacarotene supplementation in prevention of basal-cell and squamous-cell carcinomas of the skin », The Lancet, 1999
  9. Green AC et coll., « Reduced melanoma after regular sunscreen use: randomized trial follow-up », Journal of Clinical Oncology, 2011
  10. Flament F et coll., « Effect of the sun on visible clinical signs of aging in Caucasian skin », Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2013
  11. Tuchinda C et coll., « Photoprotection by window glass, automobile glass, and sunglasses », JAAD, 2006
  12. Gordon JR, Brieva JC, « Unilateral dermatoheliosis », New England Journal of Medicine, 2012
  13. Petersen B, Wulf HC, « Application of sunscreen: theory and reality », Photodermatology, Photoimmunology and Photomedicine, 2014
  14. Faurschou A, Wulf HC, « The relation between sun protection factor and amount of sunscreen applied in vivo », British Journal of Dermatology, 2007
  15. Srinivas CR et coll., « Sunscreen application: not less, not more », Indian Journal of Dermatology, Venereology and Leprology, 2006
  16. Teramura T et coll., « Relationship between sun-protection factor and application thickness in high-performance sunscreen », Clinical and Experimental Dermatology, 2012
  17. Pratt H et coll., « UV imaging reveals facial areas that are prone to skin cancer are disproportionately missed during sunscreen application », PLoS One, 2017
  18. Lourenco EAJ et coll., « Application of SPF moisturisers is inferior to sunscreens in coverage of facial and eyelid regions », PLoS One, 2019
  19. Lyons AB et coll., « Photoprotection beyond ultraviolet radiation: a review of tinted sunscreens », JAAD, 2021
  20. Colipa (Cosmetics Europe), recommandation n° 23, « Important usage and labelling instructions for sun protection products », 2009
  21. Cosmetic Obs, « Consumers and sun protection: the current situation » (enquête Appinio, 2024), 2025

Rédaction Camran. Publié le 27 octobre 2026. Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un dermatologue.